Il faut simplifier, pour mieux jouir de nos libertés.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig pose le ton. Son programme est à l’image du parti qu’il a fondé pour la présidentielle : “Simple”. Si simple, en fait, qu’on peut le résumer en cinq propositions phares : Simplicité Administrative, Subsidiarité Ascendante, Revenu Universel, Propriété de la Donnée, Droit des animaux.

Beaucoup de mots compliqués ; beaucoup de choses à expliquer. 

Quand Place au Débat, la Tribune étudiante de Science Po Lyon, nous a invités au 14 avenue Berthelot pour le début du cycle de conférences partagé entre l’emlyon business school et Science Po, nous nous sommes dit : “Chouette”. Puis : “Gaspard Koenig ? Qui ?”

Gaspard Koenig est un philosophe politique français d’inspiration libérale, et candidat à la Présidentielle 2022. Vous le connaissez peut-être grâce à son rocambolesque voyage à dos de cheval, de Bordeaux à Rome, sur les traces de Montaigne, l’un de ses principaux maîtres penseurs. Il explique croire à la nécessité d’un “système doctrinal”, aisé à assimiler pour le citoyen moyen et ne pas croire aux prétentions de “pragmatisme” d’un Emmanuel Macron, qui ne sont à ses yeux qu’un autre nom pour une doctrine utilitariste qui se donne l’apparence du bon sens et de la vérité. Il veut plus de liberté pour la petite entité, supprimer les intermédiaires inutiles et aliénants, offrir plus d’autonomie aux individus. On sent l’intellectuel. 

Les cinq points du programme :

De la création du Think Tank “Génération Libre” en 2013, à celle du parti politique “Simple” en mai 2021, le programme construit autour du “Projet Portalis”, du nom du fameux concepteur du code civil, a eu l’occasion de mûrir. Nous disions : beaucoup de choses à expliquer. Donc, expliquons.

1. Simplicité administrative

Au cœur de la candidature, il y a une promesse : réduire la “surproduction normative” française. Le voyage du philosophe à travers la France le lui a démontré : les Français souffrent des démarches administratives qui n’en finissent pas. Sans même parler de la charge mentale qu’elles représentent, elles sont des obstacles à la justice sociale : un formulaire de demande de RSA est bourré de sigles incompréhensibles, fait des allers et de retours répétés entre le demandeur et l’administration et représente une démarche humiliante.

Avec une équipe juridique, les membres du projet Portalis ont longuement épluché les multiples codex de lois pour traquer la surproduction normative, et ainsi revenir aux principes généraux que le bon sens, du peuple comme du juge, s’approprie aisément. Selon le principe énoncé par Montesquieu dans L’Esprit des Lois : “Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires”. 

2. Subsidiarité ascendante

Derrière un terme compliqué, une idée relativement simple : laisser les plus petites unités administratives s’organiser selon leurs capacités. 

Aujourd’hui, l’Etat délègue ses compétences aux plus petites unités administratives, les régions puis les départements, quand il estime ne pas être le plus apte à les gérer. Le développement des institutions culturelles et sportives ou les lycées sont des exemples de compétences déléguées au région. 

Dans le système renouvelé proposé par Koenig, ça n’est plus l’état qui distribue ses responsabilités quand il ne se sent plus capable de les soutenir : ce sont les régions qui sélectionnent individuellement les compétences qu’elles veulent conserver et celles dont elles veulent se débarrasser. Elles nouent alors une sorte de charte régionale avec l’Etat qui scelle l’accord, sur le modèle du fonctionnement indépendant reconnu à l’Alsace-Moselle. 

Pour mieux comprendre ce dont il est question, on peut se rendre sur le site du ministère de l’intérieur qui explique bien les tenants et les aboutissants du système actuel de répartition des compétences.

3. Revenu universel

Inaliénable et inconditionnel. Voilà les caractéristiques de ce revenu, dont on avait déjà beaucoup discuté à l’élection de 2017 (la proposition était alors surtout portée par Benoît Hamon). Dans la version libérale, c’est la simplicité administrative qui rend cette réforme possible : l’aide est perçue sous la forme d’un crédit d’impôt et ne demande donc pas de démarche administrative, à l’inverse du RSA.

Ce crédit d’impôt est le même pour tous, de l’ordre de 500€, et il est financé au moyen d’une taxe. Pour chaque personne individuelle, on fait la différence entre la taxe due et le crédit d’impôt, et selon la différence, on contribue au système ou on en bénéficie. Ainsi, on simplifie le calcul de l’impôt et de l’aide en supprimant les régimes spéciaux qui rendent le système illisible. 

4. Propriété personnelle de la donnée

Depuis l’entrée en vigueur du RGPD, on cherche de plus en plus à protéger les données personnelles des individus. Mais il ne faut pas se méprendre : dans le contexte actuel, on ne protège pas les données d’un individu comme on protège sa maison ou ses biens. La donnée est un bien qui jouit d’un statut exceptionnel : on veut permettre à l’individu de maîtriser ses flux de données, et non pas instaurer un régime de propriété des données. Ces données ne sont pas patrimonialisées

Selon Gaspard Koenig, cette volonté du législateur est un héritage de la vieille idée du corps divin. La donnée est comme le corps, qui jouit d’une dignité et pas d’un prix, c’est-à-dire d’une valeur incommensurable et donc non-commercialisable.

Aux yeux du libéral, ces idées sont un préjugé : les données sont une ressource, de surcroît à forte valeur ajoutée pour les entreprises, que l’on peut vendre à loisir sans finir, par effet de pente glissante, à vendre son corps (ce à quoi il n’est d’ailleurs peut-être pas forcément opposé, quoiqu’il n’ait pas abordé le sujet pendant la conférence). Chaque citoyen doit pouvoir vendre ses données personnelles, selon un mode de propriété privée de la donnée

Le candidat à la présidentielle développe davantage cette idée dans un entretien donné aux Echos ici.

5. Le droit des animaux

Bien plus qu’une simple lubie bobo, la protection animale s’inscrit pour le libéral dans un véritable droit du vivant qui encadre les relations des individus au sein de l’écosystème. Cette réflexion s’inscrit au sein d’une remise en cause libérale de l’idéal, là encore paradoxalement hérité du judéo-christianisme, des droits de l’homme – on y reviendra un peu plus tard, mais on peut déjà se renseigner ici sur cette idée pour le moins polémique. 

Ce point repose sur un constat d’abord très simple : une quantité excessive de souffrance est infligée aux animaux. En empruntant l’analyse utilitariste de Peter Singer, qui définit l’être par la souffrance, Gaspard Koenig souligne les termes du paradoxe : l’élevage intensif fait souffrir l’animal, mais c’est aussi l’élevage intensif qui nourrit la population. Il ne faudrait pas oublier que c’est cet élevage qui a permis de faire accéder toute une classe de la population à un régime carné plus confortable.

Le problème réside là : il faut distinguer un élevage normal, nécessaire à la vie humaine, d’un élevage intensif source d’un excès de souffrance pour le vivant non-humain. Les critères de distinction retenus sont le plein-air et un certain niveau de densité de population. 

Le candidat assume donc vouloir faire monter le prix de la viande en combattant l’élevage intensif. A ses yeux, c’est une mesure de justice économique pour les éleveurs, puisque l’intensif fait pression à la baisse sur les prix de l’élevage classique, rendant le modèle plus difficile ou soutenir. Mais c’est aussi une mesure pragmatique pour le climat, puisque l’élevage intensif est responsable de 15% des émissions totale en France. Enfin, c’est aussi une mesure éthique, relevant d’un sujet esthétique : le combat pour un monde plus simple a aussi trait, après tout, à un retour à la nature qui ne peut pas se faire dans le complexe d’élevage hyper-industriel actuel. 

La pensée libérale de Koenig

Montaigne, Montesquieu, Friedmann, Singer. Si Gaspard Koenig convoque à loisir autant de références érudites, ce n’est pas par coquetterie. C’est bien parce que, depuis son positionnement au centre radicale, il estime que la France fait face à un véritable besoin doctrinal. Face à la complexité croissante du monde qui nous entoure, les citoyens sont de moins en moins capables d’interpréter le monde. Ils se tournent par réflexe vers des alternatives démocratiques qui propose des idées abordables et tangibles. Sur la place publique, pour le candidat, l’heure n’est plus à l’esprit de finesse, mais à l’esprit de système !

C’est sous cet angle qu’il faut comprendre la création de ce parti, au sein d’un régime présidentielle qui ne satisfait pourtant pas son candidat. A travers l’idée de norme minimale, “Simple” est surtout fidèle aux idéaux libéraux : confiance en la capacité de l’individu à saisir l’idée générale de la loi, rapport critique à la démocratie présidentielle, conçu par De Gaulle pour lutter contre la démocratie parlementaire. 

C’est aussi la réponse que Gaspard Koenig apporte à ceux qui objectent la légèreté de son programme. A ses yeux, l’idée qu’un homme peut avoir réponse à tout est un mythe présidentiel néfaste, qui a pour seule conséquence de mettre l’homme présidentiel dans une position impossible, dans l’incapacité totale de pouvoir cliver et donc de mettre en place de véritables réformes structurelles. 

C’est aussi en rapport avec ses idéaux et sa doctrine libéraux que le candidat critique le bilan d’Emmanuel Macron. En l’absence d’un système doctrinal défini, le centre de LREM se fait passer pour le parti du “pragmatisme”, le parti du bon sens et de la mesure. Mais il n’y a pas de pragmatisme sans praxis ; pas de plan clair sans principes généraux qui orientent l’action politique. Après l’avoir soutenu en 2017 pour le vent de nouveauté et le renouvellement de la classe politique, le libéral critique son futur concurrent : le pragmatisme de En Marche est un utilitarisme dissimulé. 

Le libéralisme de Gaspard Koenig n’est pas une doctrine du capitalisme débridé et du désossement de l’Etat au service des fortunes financières. A la place, il faut se référer à la doctrine des libéraux du XIXème siècle, qui voulait faire émerger une classe de petits propriétaires dotés d’autonomie et de liberté – la gauche de l’époque. C’est une doctrine capitalistique modérée, où l’Etat joue un rôle médian, cadrant le marché de façon souple et garantissant aux individus un niveau de vie minimal.

Gaspard Koenig a à cœur de défendre la liberté et l’autonomie des individus pour aller vers un monde plus doux, plus juste, plus heureux. Ce monde, c’est la vision d’un parti et la définition d’un mot : Simple.

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