Le nucléaire : l’atome de la discorde.

C’est à Belfort ce 10 février 2022 dans l’usine General Electric (ex-Alstom), devant le gratin de l’industrie nucléaire française, que le Président Emmanuel Macron a présenté en grande pompe son plan énergétique pour 2030. Annonçant la construction de cinq EPR (réacteurs nucléaires à eau pressurisée nouvelle génération) et posant une option sur 8 réacteurs supplémentaires, il a aussi lancé un appel à projet d’un milliard d’euros pour “faire avancer les petits réacteurs modulaires de type SMR et des réacteurs innovants qui produisent moins de déchets“.

En plus de cette décision, le Président a annoncé le “prolongement de tous les réacteurs nucléaires actuellement en service qui peuvent l’être sans rien céder sur la sûreté, au-delà de 50 ans“.
Finalement, ces décisions devraient aboutir à la mise en service de 25 gigawatts de nouvelles capacités nucléaires d’ici à 2050, contre 60 GW pour le parc nucléaire actuel.
Emmanuel Macron a donc relancé le nucléaire français et mis sur la table à la veille des élections un sujet clivant.

Avant de prendre cette décision, le président avait soufflé le chaud et le froid en promettant en novembre 2018 la fermeture d’une douzaine de réacteurs d’ici 2035 et en étant impliqué en 2014 dans la vente du fleuron nucléaire français à l’entreprise Américaine General Electric (en tant que ministre de l’économie du président Hollande). Cette annonce constitue donc une véritable volte-face dans la politique énergétique du président, presque candidat, Emmanuel Macron.

Pour prendre cette décision, Emmanuel Macron s’est appuyé sur le rapport des RTE (gestionnaire du réseau d’électricité français) qui a analysé et donné 6 trajectoires possibles pour atteindre la neutralité carbone. Ces trajectoires explorent toutes les possibilités de mix énergétique en proposant des scénarios prenant en compte les dimensions techniques, économiques, environnementales et sociétales. Elles s’appuient sur la trajectoire de la SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbonne) qui table sur une hausse de la consommation d’électricité de 35% (en parallèle d’une baisse de l’utilisation des autres énergies type gaz de 40%).

Emmanuel Macron a décidé de choisir le seul scénario (scénario NO3) qui permettrait une indépendance énergétique de la France vis à vis de ses partenaires européens et extra-européens et qui soit économiquement et techniquement viable. Ce scénario prévoit un mix énergétique composé de 50% d’énergie nucléaire, de 50% d’énergies renouvelables, et d’un abandon des énergies fossiles. Actuellement le mix énergétique français est composé à 67% du nucléaire, à 7.5% de l’énergie thermique et à 25.4% d’énergies renouvelables pour un totale de 500 Twh d’électricité produite.

Le nucléaire est la seule énergie décarbonée, constante, très peu chère et non soumise aux aléas de la météo.

Rapport RTE sur le nucléaire

Son abandon obligerait la France à acheter de l’électricité à ses voisins européens (alors qu’elle avait tendance à exporter) ou à construire des centrales au charbon d’appoint pour compenser un déficit de vent sur un temps donné.

A la veille d’une élection dont Emmanuel Macron sera probablement candidat, ce revirement ne répond pas seulement aux difficultés conjoncturelles et structurelles de la filière nucléaire française mais constitue un marqueur politique fort du président presque candidat sur lequel il pourra s’appuyer pendant la campagne. Le président fait passer plusieurs messages forts auprès des électeurs, alors que la filière énergétique, et EDF le premier, a souffert de l’absence d’une stratégie industrielle claire et d’une volonté politique forte jusqu’alors. A travers le recours au nucléaire, le président veut affirmer sa volonté de réindustrialiser le pays tout en rendant la France souveraine sur le plan énergétique. Par cette décision, le Président veut aussi montrer son pragmatisme entre la nécessaire transition écologique, et la réalité économique et industrielle, tout en maniant sa stratégie du “en même temps” que lui reprochent ses adversaires politiques.

A la suite de cette annonce, les différents candidats ont tour à tour présenté leur programme énergétique et se sont positionnés sur la question du nucléaire en France.


Fabien Roussel – PCF

Je suis favorable au maintient du nucléaire en France.

Le candidat du PCF se démarque à bien des égards des autres candidats de gauche en insistant sur l’importance du nucléaire qui selon lui permet de « lutter contre l’énergie chère » et de garantir à l’industrie « une énergie décarbonée, pilotable, stable », permettant « de sortir des énergies fossiles ».


Yannick Jadot – EELV

Yannick Jadot, fidèle à sa ligne, promet la fermeture de toutes les centrales nucléaires au fur et à mesure de leur obsolescence tout en « garantissant la sécurité des installations et la continuité des approvisionnements en électricité ». Il souhaite compenser cette baisse du nucléaire par une utilisation massive des énergies renouvelables.


Jean-Luc Mélenchon – LFI

Bien qu’il ait toujours prôné l’abandon du nucléaire dans le mix énergétique français, le candidat de la France Insoumise a modifié le calendrier de cette sortie, initialement prévue dès 2030, elle n’aura finalement lieu qu’à l’horizon 2045.
Son plan énergétique qui est coordonné par Jean-Marie Brom, physicien et directeur de recherche émérite au CNRS prévoit de ne pas fermer les centrales du jour au lendemain mais de les exploiter dans des conditions optimales de sécurité jusqu’à leur fermeture sans en construire de nouvelles.
Le candidat demande aussi que les données sur l’enfouissement des déchets nucléaires soient rendues publiques.


Anne Hidalgo – PS

Il faut sortir du nucléaire aussi vite que nous allons développer les énergies renouvelables. Nous devons mettre par exemple une partie du plan de relance sur ces énergies, c’est ce que nous devons aux générations futures.

Tweet d’Anne Hidalgo, 21/10/2021

L’objectif pour la socialiste est de parvenir à 100 % d’énergies renouvelables, aussi rapidement qu’il soit possible de le faire.
Pour y parvenir, l’actuelle Maire de Paris prévoit d’y consacrer l’essentiel des investissements énergétiques. Il n’y aura ainsi pas de construction de nouveaux EPR ou de petits réacteurs modulaires. Anne Hidalgo veut utiliser le nucléaire comme énergie de transition, sans sortie précipitée pour éviter une flambée des prix de l’énergie.
La durée de vie des centrales nucléaires actuelles sera définie sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et du Parlement. Toutefois la candidate ne ferme pas la porte à des investissements destinés à prolonger leur durée d’exploitation.


Valérie Pécresse – LR

Valérie Pécresse dont le mari est P-DG de la branche énergie renouvelable de General Electric (ex-ALSTOM) estime qu’il faut relancer la politique économique française en s’appuyant sur le nucléaire. Elle veut aussi reconnaitre l’atome comme une énergie verte (ce qui permettrait d’obtenir des financements de l’Union Européenne) et se lancer dans un grand plan de « remobilisation massive de la filière » prévoyant la construction de 6 nouveaux EPR à l’horizon 2030. La candidate ne s’est toutefois pas prononcée quand à la part d’énergies renouvelable dans le mix énergétique français.


Eric Zemmour – Reconquête

Le candidat de reconquête, comme tous les candidats de droite, souhaite la relance du nucléaire. Il est critique face au revirement du président Macron, et envisage la construction de 6 voire 8 EPR. Toutefois Éric Zemmour se démarque en excluant totalement du mix énergétique l’énergie éolien, maritime et terrestre pour ne garder que l’énergie nucléaire et hydraulique.


Marine Le Pen – RN

Marine Le Pen estime elle aussi que l’éolien est une « absurdité économique et écologique » et défend donc le nucléaire et la construction de 6 nouveaux EPR. Elle n’a toutefois pas encore publié son livret thématique sur l’énergie…mais cela ne saurait tarder.


Sources :

https://www.rte-france.com/analyses-tendances-et-prospectives/bilan-previsionnel-2050-futurs-energetiques

RTE en bref | RTE (rte-france.com)

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